Des figures masculines presque identiques, bras en croix et calot sur la tête, s’étagent sur toute la hauteur du dessin. Comme les pierres solidaires d’un mur ou les figures en bas-relief au fronton d’un temple. Les visages sont sans bouche, inexpressifs. Les yeux très grands sont vides, les bustes sont contraints et figés. Dans leurs alcôves les hommes sont pareils à des statues de tympan. L’ensemble évoque l’élévation et la transcendance. Pourtant une tragédie se profile. Si cette construction humaine et spirituelle est une façade, l’édifice est en feu. Les tons sont brûlants. Il émane du dessin une sensation de chaleur, voire d’incendie en cours. Le long du bord inférieur du dessin l’artiste a écrit son nom au pastel “Michel Nedjar” et ajouté deux mots et une date “Paris Belleville 1987”, un quartier où il vécu.
Michel Nedjar fixe avec un fer à repasser brûlant ses dessins au pastel gras et à la cire. Une façon de solidariser les différentes couches de pigments. Il magnifie le rendu final et transforme presque le dessin en vêtement, en étoffe. Ses figures ne sont pas sans rappeler ses fameuses poupées dont les bras contraints, évoquent l’emmaillotement. Plutôt qu’une façade d’édifice, la composition du dessin peut aussi rappeler l’organisation de l’atelier de l’artiste, où il a pris l’habitude de suspendre ses créations au plafond et aux murs. L’envahissement et l’accumulation sont indissociables de sa pratique. Il superpose les couches, les recouvre et les enfouit. Le traumatisme des grandes violences de masses du XXème siècle imprègne son œuvre, tout comme les questions de la mémoire et de l’oubli. Ces figures mystérieuses interpellent et convoquent des émotions profondes, comme des réminiscences prêtes à surgir et à envahir l’espace.
L'œuvre est un lieu tout à la fois tragique et poétique, traversé par les événements historiques ou les grands récits universels.
L'univers dessiné d'Amine Benchat prend sa source dans les multiples influences qui ont façonné la culture marocaine, notamment visuelle, de l'écriture aux arts décoratifs ou à l'architecture. Ody Saban développe une œuvre poétique en perpétuelle métamorphose comme des fragments de mondes rêvés, de civilisations perdues et de mythes ancestraux. Les dessins, peintures et films de Michel Nedjar permettent d'appréhender les thèmes qui sous-tendent l'ensemble de son univers, l'enfance et le primitivisme, la vie et la mort, la magie et le voyage. Livio Sapotille est nourri de culture Caraïbes. Dans ses dessins, les réminiscences du vaudou se mêlent à sa passion pour la faune aquatique de Basse-Terre. Les dessins de Marilena Pelosi, née au Brésil, sont empreints de références au sacré. Ses personnages miment un théâtre de la cruauté traversé de transes, d'exorcismes, de processions religieuses et de carnavals, souvent dans les larmes et le sang. Louis Liquard invente la saga «Vortex City» sous forme d'une bande dessinée inspirée par les écrivains H.P. Lovecraft ou E.A. Poe, les auteurs de science-fiction, de jeux vidéo de la Dark Fantasy... Celui qui se fait appeler Prophet Royal Robertson dénonce sur des cartons de même format, les ravages de l'adultère, de la prostitution ou de la drogue en s'appuyant sur des formules numérologiques inventées qu'il mêle aux versets de la Bible.
Se promener dans la salle d’exposition comme dans un vrai musée, découvrir peintures, dessins et sculptures en 3D et écouter le conférencier présenter les cinq thèmes de la collection. Voilà ce que la galerie Art Sans Exclusion vous invite à vivre.