« Ma vision est un peu comme un logiciel d’ordinateur et ma main n’est qu’une imprimante de mon cerveau. »
Avec un tracé très fin proche du dessin technique, Gaël Dufrène expose les entrailles d’un moteur. Dans cette vue de coupe en trois dimensions, les pièces principales sont données à voir. Il dessine ce moteur en écorché en lui enlevant sa peau de métal. Naît alors un dédale de cylindres et de piston. Avec bielles et vilebrequin, et sur la gauche, même l’embrayage multidisque à sec ! La couleur indique les différents fluides. Un peu comme on ferait circuler le sang. C’est l’anatomie d’un moteur, détaillée, dense et labyrinthique que le dessinateur trace en s’aidant d’une loupe. Les lignes verticales et horizontales rythment le dessin. Sur la gauche en haut, le détail d’une vue de dessus et celle du radiateur extérieur, à droite celle du radiateur intérieur. En bas, un cartouche légende le dessin. Caractéristiques de ce moteur de Micheline, puissance et masse du modèle et année de conception, 1932. Et aussi nom de l’artiste, format, technique, date et nombre d’heures nécessaires à la réalisation, soit 55 heures. En bas à gauche un autre cadre donne des indications sur l’échelle. La luxuriance devient presque confusion pour le non initié. Tout est pourtant composé avec ordre et rigueur, tout est à sa juste place « pour être lu par des ingénieurs comme un musicien lit sa partition » dit l’artiste.
L’écriture et le commentaire sur son travail constituent une part considérable de l’œuvre de Gaël Dufrène. Il compile des milliers de pages de mémoire et de notes sur l’histoire de la mécanique ferroviaire, accompagnées de dessins synthétisant ses connaissances. Il rédige aussi pour chaque dessin achevé, un bulletin d’informations, un « journal auto-thérapeutique » qu’il nomme non sans humour «Les dernières nouvelles du Galoup » et qu’il envoie à ses proches. S’il dépasse largement le dessin d’ingénieur, par son imagination débordante et son goût exacerbé du détail, Gaël Dufrène se veut passeur de savoir, et son œuvre minutieuse est avant tout didactique, quasi encyclopédique. En 2018, plusieurs de ses dessins ont été acquis par la Collection de l’Art brut de Lausanne. Gaël Dufrène a été révélé par l’association EgArt qui le soutient.
Moteur Panhard sans soupape ♣
Dernières Nouvelles du Galoup n°68-1 ♣
Dernières Nouvelles du Galoup n°68-3
Dernières Nouvelles du Galoup n°68-2
Les premiers camions début du XXe siècle ♣
R. Trevithick 1808. « Catch me who can » ♣
Locomotive 29bis 231H ♣
Bicyclette. État 1858 ♣
Compresseur ou moteur à piston
Moteur Wright
Boite de vitesse Fiat Panda
Moteur BMW
Moteur 1,25 litre à injection mécanique de méthanol
Moto et chantier
L'artiste met au point un processus de fabrication précis dont l'œuvre va garder la trace. Celle de la main qui fait et celle du mode opératoire.
Gaël Dufrène part d'un premier modèle qu'il dessine, l'agrandit souvent. Il assemble parfois plusieurs vues qu'il retravaille en couleur. La légende fait partie intégrante du dessin. Anna Zemánková découpe papiers et tissus, parfois ciselés en relief, et crée d’étranges et complexes structures végétales. ACM crée une œuvre en expansion à partir d'éléments de métal récupérés, oxydés et assemblés. Les modules dessinés par Simon Le Fur sont répartis sur la feuille comme des sculptures dans un espace d'exposition avec certaines réminiscences du geste du graffeur qu'il fut, au début de sa pratique. Jill Gallieni dessine à l'encre des formes imbriquées qui prolifèrent comme des bulles de paroles incantatoires. Les variations de couleurs structurent l'espace. Wytze Hingst compose des séries de dates, heures et codes, parfois combinées à des lettres. La surimpression de plages de couleur produit des mouvements visuels à haut pouvoir poétique. Chez Hélène Fontana, le motif du visage humain est multiplié à l'infini, tout comme celui des objets, lunettes, chaussures, chapeaux... Une façon de signifier en creux l'absence et la disparition. Mécanicien, Ezékiel Messou, trace à même les murs, puis sur des cahiers d'écolier, le schéma des machines à coudre qu'il doit réparer, comme une collection dessinée. Béatrice Dromas a choisi la technique du collage, comme avec la série des Cœurs - râpé, pressé, épinglé - pour rendre compte de la violence des émotions, ou la série Dissociation, par une approche fractionnée du réel.
Se promener dans la salle d’exposition comme dans un vrai musée, découvrir peintures, dessins et sculptures en 3D et écouter le conférencier présenter les cinq thèmes de la collection. Voilà ce que la galerie Art Sans Exclusion vous invite à vivre.