« Personne n’aurait pu trouver ça comme idée à ma place. Et avec ça aucun danger, même pour l’armée », aime à dire André Robillard à propos de cette sculpture en forme de fusil.
Un cosmonaute fantaisiste aux jambes démesurées est dessiné sur un morceau de bois qui fait office de crosse. Il se promène parmi les étoiles. Son visage poupin est surmonté d’un couvre-chef décoré. A sa gauche, une demi-sphère aussi grande que lui porte la signature de l’artiste. Il s’agit peut-être d’un satellite ou d’un vaisseau spatial. Au-dessus de la tête du personnage est indiqué le nom, « Vouri Gagarine». Une tige de bois, un tuyau de métal, un essuie-glace, un tube de plastique blanc forment le canon de ce fusil à long nez. L’ensemble est maintenu par plusieurs sortes de rubans adhésifs. Une télécommande, une lampe de poche et deux cartouches de chasse servent de poignée. Des motifs géométriques embellissent la sculpture sur laquelle est inscrit au feutre « Fusil russe Moscou CCCP URSS ». De l’autre côté, la composition est plus simple. Un engin long, couché, dessiné au feutre sur un morceau de bois semble voler parmi les étoiles avec cette légende «Fusil Voury Gagarine, le premier homme dans l’espace, 1967 ». Une manette de console vidéo et une petite radio rectangulaire fixées sur un bois décoré font office de chargeur.
Si l’espace est l’un des thèmes de prédilection d’André Robillard, cette sculpture en forme d’arme inoffensive qu’il déclare de « coexistence pacifique », est destinée selon ses mots « à tuer la misère ». Il en réalisera plusieurs centaines. Dès 1964, en pleine guerre froide, l’artiste invente, comme moyen de création, cette technique d’assemblage d’objets récupérés, sans savoir qu’il rejoint une méthode d’avant-garde inventée au 20e siècle par les artistes, notamment par les Nouveaux Réalistes dans les années 50.
C’est une scène d’Histoire qui est reconstituée ici. Témoin de son époque, André Robillard est sensible aux grandes figures de son temps, mais revient tout au long de sa vie, et dans cette œuvre réalisée en 2015, sur les temps héroïques des débuts de la conquête de l’espace. La figure de Youri Gagarine, premier homme à voyager dans l’espace, est représentée sur de nombreuses créations de l’artiste, notamment dans une autre œuvre de la collection, la toile intitulée « La Conquête spatiale soviétique ».
André Robillard, bricoleur de génie, crée aussi des sculptures aux allures de fusées, de vaisseaux et de spoutniks. Très vite repérés et envoyés à Jean Dubuffet, ses assemblages sont depuis, entrés en nombre dans la Collection de l’Art Brut de Lausanne, ainsi que dans celle du LaM, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille-Villeneuve d’Ascq.
Peut-être a-t-il été guidé par une observation minutieuse d’un père garde-chasse ? André Robillard dit réaliser ses bricolages pour se « désennuyer » et tuer le temps. En 2019, il imagine spécialement pour l’exposition « Les croqueurs d’étoiles » conçue par l’historienne d’art Françoise Monnin à La Coopérative Cérès Franco, une soucoupe volante géante.
L'artiste s'inspire de l'actualité. Il se transforme en témoin de son temps et en conteur.
Gaston Chaissac évoque le lancement à grande échelle en France, en 1949, de la vaccination par le BCG, contre la tuberculose, imbriqué avec sa propre histoire. Christophe Baudouin dresse l'inventaire des éruptions volcaniques du Globe. Ses dessins assemblés peuvent former des suites de plusieurs mètres de long. Joseph Vignes se fait le chantre d'une modernité heureuse et colorée, où voitures, paquebots... ou gazinières, se mêlent à la faune et à la flore. Marc-François Bresson héroïse les événements médiatiques ou ceux de son quotidien, matchs de football, concerts de rock ou retrouvailles au café avec des amis. François Peeters, dans sa série Titanic, peint le naufrage en 1912 du célèbre paquebot. Il utilise la technique de la séquence pour transcrire le souvenir très fort qu'il a gardé du film épique américain produit dans les années 1990. André Robillard peint la conquête spatiale sur toile ou sur sculptures d'assemblage. Il s'entoure d'oiseaux, lorsqu'il monte sur scène pour raconter son histoire en musique, acteur de sa propre légende.
Se promener dans la salle d’exposition comme dans un vrai musée, découvrir peintures, dessins et sculptures en 3D et écouter le conférencier présenter les cinq thèmes de la collection. Voilà ce que la galerie Art Sans Exclusion vous invite à vivre.