Une branche de grenadier finement tracée au pinceau se répète à l’envi sur toute la surface d’une toile d’un noir de goudron. En bas à gauche, sur un espace clair laissé en réserve, l’artiste a dessiné à la main un calendrier en anglais. Avec tous les jours et mois de l’an 2462. En bas à droite, un maillage de petits cubes compose une couronne qui forme le département des Deux-Sèvres. Gracieuse et légère, une silhouette rouge vif s’invite sur la toile. Ce bonhomme gracile, Grégoire Koutsandréou l’a nommé « Szäp », personnage agile et malicieux que l’on retrouve dans l’ensemble de son Œuvre. Est-ce un double de lui-même ? Cet elfe qui volète d’une toile à l’autre comme dans les autres œuvres conservées dans la collection ? Comme Chapeaux, ou le kakémono géant Bande dessinée « Szäp » ou la suite sur papier ? En apesanteur, le lutin représenté plusieurs fois comme dans une bande dessinée témoigne d’une candeur et d’une exaltation enfantine.
Le jardin est un refuge, l’espace mental du bonheur qui raconte notre osmose primitive avec la nature. En alliant cartographie et calendrier du futur, Grégoire Koutsandréou réalise une Oeuvre immensément poétique où l’espace et le temps s’entrechoquent. Où le réel rencontre l’imaginaire. Son répertoire botanique ajoute une dimension scientifique quasi encyclopédique. Chacune de ses toiles est inspirée par un lieu, une année placée dans le futur, et une plante. Il apporte un soin particulier aux légendes de tous ses tableaux dont il dresse méticuleusement l’inventaire, comme pour lutter contre l’entropie du monde. « Il est impossible de représenter deux fois la même année ou le même département » dit-il. Au risque de faire vaciller l’univers ? Le travail de Grégoire Koutsandréou a été exposé régulièrement à Bordeaux ainsi qu’à la galerie Celal à Paris. Il a été sélectionné pour représenter EgArt au Japon à l’Art Zone gallery à Kyoto en 2018.
Comme dans les haïkus, ces petits poèmes puissants et brefs, l'artiste développe une œuvre vibrante qui célèbre l'évanescence des choses.
La haute montagne de Najia Mehadji se désagrège et tombe en flocons. Seule demeure une poussière céleste. René Guisset construit un carrousel comme une stèle à la vie quotidienne d'un monde rural disparu. Anselme Boix-Vives, poète mystique, peint une ode à la nature et le petit peuple mi-humain, mi-animal qui y a trouvé refuge. Comme dans un songe, les visages et les plantes hybrides de Thérèse Bonnelalbay s’évaporent. Seule demeure une trace légère, une graphie secrète. Sonia Lawniczak fait surgir sur la toile ou la feuille des vues de villes à la dérive, évocation de pays rêvés ou parcourus. L'œuvre d'un Grégoire Koutsandréou est une promenade au cœur de territoires imaginaires. Guillaume Chocu invente un monde de silence où les êtres se meuvent en apesanteur. Jean Pous grave les figures d’une humanité heureuse, en osmose avec la nature.
Se promener dans la salle d’exposition comme dans un vrai musée, découvrir peintures, dessins et sculptures en 3D et écouter le conférencier présenter les cinq thèmes de la collection. Voilà ce que la galerie Art Sans Exclusion vous invite à vivre.