« Attention ! la Reine vous parle des dangers de l’amour. » Cette phrase de titre annonce la couleur. Chacune sur leur piédestal, nues sous leur grande cape, deux grandes figures féminines dominent la scène. Elles sont séparées par une silhouette fleurie sans tête, comme une robe de papier décoré suspendue à un cintre. La figure féminine de gauche, bras levés comme pour faire taire la foule, porte une couronne étincelante, marquant son statut de pouvoir. L’autre, tient dans ses bras une autre figurine féminine de la taille d’une poupée. Tout autour de feuille de papier court une frise humaine. Elle met en scène dix silhouettes de femmes qui semblent crier, s’empoigner, se blesser mutuellement à coup d’objets saillants, enchevêtrées ou assises sur les épaules de l’une ou de l’autre. La bouche ouverte, elles crient, certaines sont reliées par la langue. Cette chaine humaine de supplices entoure la scène centrale et forme un cadre. Pouvoir, désir, menace. L’angoisse et la violence ambiante de cette scène contrastent avec la naïveté du graphisme et l’usage de couleurs sucrées, proches des codes de l’illustration de contes de fée.
Marilena Pelosi dissèque la cruauté des relations humaines dans des scènes cryptiques, rarement déchiffrables, que l’on peut rapprocher des cérémonies de sorcières de la surréaliste Leonora Carrington. De ces drames flous, mais crus émergent des réminiscences de rites vaudous mêlées à un imaginaire riche. Cette opacité du sens est révélatrice d’un dessin réalisé à hauteur d’enfant. Elle témoigne de la candeur de celui qui voit le monde s’articuler autour de lui, de façon parfois très violente, sans réussir à le saisir, à le comprendre.
Dessiner est une façon de se réapproprier et d’exorciser des souvenirs traumatiques. Souvent exposées, les œuvres de Marilena Pelosi sont conservées dans de nombreuses collections dont celles du musée de la Fabuloserie à Dicy dans l’Yonne, du Trink Hall Museum à Liège, en Belgique et du musée d’Art Singulier d’Altéa en Espagne.
L'œuvre est un lieu tout à la fois tragique et poétique, traversé par les événements historiques ou les grands récits universels.
L'univers dessiné d'Amine Benchat prend sa source dans les multiples influences qui ont façonné la culture marocaine, notamment visuelle, de l'écriture aux arts décoratifs ou à l'architecture. Ody Saban développe une œuvre poétique en perpétuelle métamorphose comme des fragments de mondes rêvés, de civilisations perdues et de mythes ancestraux. Les dessins, peintures et films de Michel Nedjar permettent d'appréhender les thèmes qui sous-tendent l'ensemble de son univers, l'enfance et le primitivisme, la vie et la mort, la magie et le voyage. Livio Sapotille est nourri de culture Caraïbes. Dans ses dessins, les réminiscences du vaudou se mêlent à sa passion pour la faune aquatique de Basse-Terre. Les dessins de Marilena Pelosi, née au Brésil, sont empreints de références au sacré. Ses personnages miment un théâtre de la cruauté traversé de transes, d'exorcismes, de processions religieuses et de carnavals, souvent dans les larmes et le sang. Louis Liquard invente la saga «Vortex City» sous forme d'une bande dessinée inspirée par les écrivains H.P. Lovecraft ou E.A. Poe, les auteurs de science-fiction, de jeux vidéo de la Dark Fantasy... Celui qui se fait appeler Prophet Royal Robertson dénonce sur des cartons de même format, les ravages de l'adultère, de la prostitution ou de la drogue en s'appuyant sur des formules numérologiques inventées qu'il mêle aux versets de la Bible.
Se promener dans la salle d’exposition comme dans un vrai musée, découvrir peintures, dessins et sculptures en 3D et écouter le conférencier présenter les cinq thèmes de la collection. Voilà ce que la galerie Art Sans Exclusion vous invite à vivre.